La stratégie du chaos (I)

juin 27, 2009

x6tenz

La stratégie du chaos fonctionne sur l’entretien mensonger de la terreur ; elle gère et attise le désordre, l’effroi, la crainte religieuse, la panique sociale, la haine raciale, pour mieux affirmer son contrôle liberticide. Le cynisme de sa pratique nous informe sur son projet idéologique : celui d’un pouvoir seigneurial et sans partage.

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Le mouvement de liquidation du système fédéral américain, qu’il convient maintenant d’appliquer au monde entier, s’est organisé selon un plan logique et structuré : développer un dispositif chaotique de type féodal fonctionnant sur l’ignorance, la désinformation et le crime mafieux, afin de rendre invisible et invulnérable le centre réel du pouvoir.

Ce dispositif opacifie les centres de décision (impossibilité de consolider les bilans des grandes multinationales) ; il privatise la recherche scientifique, l’enseignement et les institutions gouvernementales ou non gouvernementales de contrôle ; il tente de réduire le savoir à la seule communication permise. Tout ce qu’il finance plus ou moins visiblement, c’est ce qu’il contrôle de manière occulte. On peut mesurer son pouvoir de corruption à la mise en place d’un circuit moderniste d’Argent-Marchandise-Argent pouvant être décliné à l’infini en Argent sale-Marchandise-Argent, ou, Argent-Marchandise-Argent sale, etc. Ainsi, les techniques du contrôle mafieux deviennent les formes de la politique la plus moderne. L’État entièrement sous contrôle, on assiste à son dépérissement absolu.

Une première réplique européenne de ce « coup du monde » à d’abord été donnée en Italie ces quinze dernières années. Elle a d’abord prétendu nettoyer ses institutions politiques, juridiques, journalistiques, policières, militaires. Puis, soudain, par un détournement de l’opération « mains propres », elle a légitimé la « modernité et le sens de l’État» d’une classe politique qui, après être passée par les juges et la prison, revenait, vierge de tout soupçon, à la nation. En réalité, ce détournement réussi, devant des médias aux ordres, fut la victoire de la nouvelle mafia d’affaires s’emparant des hautes sphères de l’État.

La nouvelle société mafieuse à réussi en Italie un coup d’État légal : son crime est propre. En contrôlant tout ou partie des médias, c’est elle qui édicte les critères de vérité, mais surtout, c’est elle qui possède les armes de la pensée logique. Aujourd’hui, ce que les médias montrent, c’est ce que le crime organisé produit et non ce qu’il commet.

Le but de cette stratégie du chaos, son pouvoir féodal, est profondément liberticide. La suppression préméditée des libertés civiques qu’il organise va de paire avec son projet de liquidation de l’État républicain. Cet État, qui, la plupart du temps ne respectait le citoyen que pour son vote, est trop libre pour lui. Il arrive encore, mais de plus en plus rarement, que le citoyen sache pour qui il vote. Et c’est cette liberté là qui est en cause. Il ne s’agit pas de supprimer le droit de vote, mais de le rendre virtuel : on pressent ce risque dans le développement, au sein même de l’État, d’une série d’instance décisionnaires sans contrôle électif. Les commissions européennes sont comme les sigles monétaristes : plus on en parle moins ils ont de comptes à rendre.

La stratégie du chaos qui modélise si habilement des mythes, comme celui de la persistance d’une démocratie en Amérique, n’a pas ignoré l’Europe. L’ambition de cette modélisation locale est de ruiner le respect envers le politique, et d’affirmer la primauté, nécessairement propre, de l’économie : les nouveaux juges ont condamné à la prison quelques lampistes, mais épargné avec le plus grand soin leurs donneurs d’ordres. Les maîtres des multinationales ont pu, en toute impunité, préparer l’Europe monétariste, et installer aux commandes une nouvelle génération d’hommes d’affaires instruit selon les codes de la mafia.

Après l’effondrement de l’Empire soviétique, l’Europe politique n’a pas su profiter, pour son projet d’unification, d’une opportunité historique qui ne se renouvellera plus. C’est à une collective absence d’ambition historique qu’on peut attribuer son incapacité à régler, en son seul nom, les conflits nés sur son sol. L’Europe politique n’a jamais pu imposer sa diplomatie en Europe Centrale et en Europe de l’Est comme à l’Ouest : elle ignore que cet échec, qu’elle revendique encore comme une victoire, la rend inoffensive pour les stratèges du chaos.

Aujourd’hui, chaque mesure qu’elle prend dans l’urgence, acculée par les médias, est toujours prise à contretemps. Elle ne prévoit plus, mais survit au jour le jour, confrontée au déferlement incessant du paradoxal et de l’insolite, de l’incompréhensible et du mystérieux qu’entretient le dispositif chaotique dominant. Un tel dispositif ne laisse aucune chance à la classe politique européenne : ce qu’il désorganise le mieux est précisément ce qu’il contrôle le mieux, et l’incertitude est la matière même de sa pratique. Face à une stratégie qui fait de la dissipation une technique de guerre, les décision des politiques sont de moins en moins dictée par la raison, mais de plus en plus par une peur teintée de superstition.

L’Europe politique s’est perdue en abandonnant le savoir à des transnationales pour qui l’instabilité et l’incertitude, la surenchère et la terreur sont les fondements théoriques de leur contrôle sur la société. C’est justement en ce point que réside la forme d’invisibilité du dispositif chaotique. On peut cependant établit des liaisons dialectiques entre certains discours énigmatiques et quelques faits effrayants. Par exemple, entre l’accélération des mutations virales et le langage de la techno-science sur le devenir d’une médecine guérissant, dans un très proche futur, toutes les maladies. On peut établir d’autres relations logiques entre l’effondrement de l’institution sanitaire aux États-unis et en Europe et l’apparition d’une tendance de la techno-science qui, par une perversion de la logique, veut imputer l’origine de la misère aux gènes et non à l’exploitation. On peut suggérer que la réponse apportée par la stratégie du chaos à la gestion des conflits s’apparente à un dispositif mathématique expérimental dont la sécheresse des résultats n’est pas redevable des morts. On peut encore signaler que, loin de toute génétique, certains secteurs très spécialisés de l’économie et de la politique pratiquent depuis longtemps une forme performante de clonage. On peut, pour finir, conseiller à la classe politique européenne de méditer sur la fonction hégélienne de la synthèse, c’est mise en perspective historique de la décision, qui est devenue la propriété exclusive de la société du chaos.

x6tenz, pour Mecanopolis



Tao et Islam, achèvement d’un Cycle

septembre 13, 2008

Géomancie et géopolitique

Alors que la plupart des religions tiennent leur nom d’un homme ou « homme-dieu » qui serait leur fondateur, deux d’entre elles se définissent en fonction de la relation qui unit le Concepteur de l’Univers aux éléments de ce dernier. Ces deux religions sont l’Islam et le Tao. Alors que le mot arabe ‘Islam’ désigne la soumission des seconds au premier, plus précisément, dans le cas de la portion de l’humanité qui adhère à cette doctrine, son intégration volontaire à l’Ordre divin ; le mot chinois ‘Tao’ désigne la Voie qui les conduit vers cet état de perfection, d’identification au principe divin, de retour vers les sphères paradisiaques.

Il est significatif que dans les deux traditions, mais encore dans la doctrine de Platon, les sphères paradisiaques soient associées à l’Androgyne primordial. Le métaphysicien grec décrivait l’Homme initial, androgyne, en tant qu’être sphérique, semblable au Taï-Ki que le Tao place au centre du Pakwa, l’octogone sacré ; sphère dans laquelle Yang et Yin demeurent dans l’indivision (1). 

La symbolique islamique quant à elle nous enseigne que le cercle ou mieux encore la sphère d’une part, le carré ou mieux encore le cube de l’autre, symbolisent respectivement les mondes céleste et terrestre. Les Sept Cieux ne doivent donc pas être tenus pour des plans horizontaux et superposés mais bel et bien pour des sphères concentriques, le centre même étant le Trône d’Allah ; ceci alors que sur terre la Maison d’Allah, le temple primordial de l’humanité, a pour structure le cube constitué par la Kaaba. 

Toute aussi primordiale fut la désignation géomantique de son site : la tradition islamique nous enseigne que si une pierre tombait du Trône d’Allah, c’est sur le toit de la Kaaba qu’elle atterrirait. Et c’est bien une pierre, la fameuse pierre blanche, noircie au cours des âges et intégrée dans la construction du cube sacré, qu’Adam trouva là, à l’emplacement du temple qu’il allait ériger. Nous devons, en toute franchise, admettre notre incapacité de préciser si ce météorite se trouvait déjà là, désignant au père de l’humanité l’endroit où construire ce temple, ou bien si celui-ci la trouva là après avoir été conduit vers ce site par un autre facteur. Nous savons toutefois que, reconnaissant cette pierre qu’il avait vue au paradis, il l’étreignit avec passion et nostalgie de son premier séjour ; sentiments qu’il apaisa en faisant l’amour à Eve, recréant sur terre l’Androgyne céleste, l’homme et la femme retrouvant ensemble, pour l’instant d’une étreinte amoureuse, la condition paradisiaque. 

Rappelons ici brièvement les circonstances de la création d’Adam, androgyne, la façon dont le Maître de l’Univers, en un suprême acte d’amour bien supérieur aux crucifixions et autres rites sanglants, insuffla Son Esprit à l’Homme et avec lui la Science sacrée liée, véhiculée par la langue primordiale, communion suivie par l’injonction de l’enseigner aux Anges. On sait la jalousie ardente, engendrant la révolte d’un Jinn nommé Chaïtan, sa résolution d’être désormais l’ennemi juré de l’Homme. Lorsqu’au cours de la descente à travers les sphères célestes, l’Homme (au sens latin de homo) se scinda en un homme (au sens latin de vir) et une femme, ce même Chaïtan manipula la seconde pour faire commettre à son compagnon sa première faute. 

Sur ce point précis, la doctrine islamique rejoint celle du judéo-christianisme mais pour s’en écarter aussitôt radicalement, car si la seconde voit en ce péché originel d’Adam une faute provoquant le courroux éternel de Dieu, l’Islam enseigne au contraire que le Seigneur des Mondes, el-rahman el-rahim, le Tout-Miséricordieux, pardonna à sa créature chérie dont il connaissait pour les avoir créées les faiblesses et les failles. Aussi, la descente d’Adam et d’Eve de l’ultime sphère paradisiaque pour entrer dans le monde de l’existence est-elle interprétée par les deux doctrines de façon antinomique. Si la Bible nous la présente comme une exclusion, un châtiment de l’homme assorti de la diabolisation de la femme, le Coran nous enseigne le contraire : Adam fut envoyé sur Terre pour y régner au Nom d’Allah, couronné par lui de la fonction impériale. Certes, il allait y affronter les épreuves, y mener le combat. Les adeptes d’une morale qui prêche le « paix mes brebis » peuvent en effet concevoir ces coups et ces épreuves comme autant de manifestations de la rancune divine. Dans le cadre du concept de Jihad, les Musulmans les considèrent au contraire comme autant de bénédictions, conscients, avec Frédéric Nietzsche, que ‘le coup qui ne me tue pas me rend plus fort’, que ces épreuves, enfin, ont été voulues par Allah, non par quelque étrange sadisme mais précisément par amour de l’Homme, pour lui donner l’occasion de les vaincre et à travers elles de se surpasser et de revenir dans sa direction. Il s’agit donc non point d’un châtiment mais d’un ennoblissement. 

Ainsi donc, Adam atterrit-il dans cette contrée qui correspond aujourd’hui à celle des Brahmanes, marchant vers celle que nous connaissons sous le nom d’Arabie, construisant au terme de son périple la sainte Kaaba, le cube sacré, ceci à l’intersection précise de la trajectoire du météorite projetant le Trône d’Allah, le centre des Sphères célestes, sur le site de la Maison d’Allah sur terre. Et de là, donc, le père et la mère du genre humain opérèrent leur remontée spirituelle, ésotériquement érotique, vers ce même Trône, vers ces mêmes Sphères, ne faisant plus qu’un dans leur étreinte, reconstituant l’Androgyne aux pieds de leur, de son créateur.

Leur lignée allait être ponctuée de quelque trois centaines de Messagers de l’Unique, la paix soit sur eux tous, unanimement chargés de la mission de ramener leurs contemporains vers le Sirat-al-moustaqim, vers le droit chemin, ou encore, en chinois, vers le Tao ; le dernier maillon de cette chaîne étant l’Arabe Mohammed, transmetteur du Coran. Il eut le privilège de réaliser, spirituellement et physiquement, la remontée céleste, du Cube de La Mecque jusqu’au centre des Sphères, avec cette particularité toutefois qu’il fit en chemin une halte dans une autre cité terrestre : Jérusalem. 

L’Empereur Fou-Hsi, selon certaine interprétation, serait né du dieu-Tonnerre et d’une mortelle, Hua-Xou; naissance qui l’apparenterait à d’autres personnages nés sans père physique, tel l’empereur du Japon Jimmu, tels encore Merlin et Jésus. Selon la tradition chinoise, il eut à sa naissance une sœur, Nou-Koua. De son union avec cette sœur-épouse serait née l’espèce humaine. Nous retrouvons ici, de toute évidence, le mythe d’Adam et Eve, dans une version qui va toutefois dans le sens du Coran et dément la légende biblique selon laquelle Eve serait née d’une côte d’Adam; légende qui engendra le statut d’infériorité dont la femme souffre dans la société judéo-chrétienne, tout autant que de sa diabolisation en tant qu’incitatrice au péché (2). 

S’identifiant à Adam et à Eve, Fou-Hsi et Nou-Koua sont donc les incarnations humaines respectivement du Yang et du Yin, désormais dissociés en s’extrayant de la sphère symbolisée par le Taï-Ki qui nous enseigne en outre qu’il demeure un point de Yin dans le Yang et de Yang dans le Yin. Le premier empereur de Chine et le constructeur de la Kaaba ne seraient donc qu’une seule et même personne, la fonction de Rasoul s’identifiant à la fonction impériale dans son acception suprême d’autorité spirituelle précédant le pouvoir temporel, avant même que de ceindre le casque de l’Imperator, l’empereur, au sens original de terme, se coiffant de la tiare du Pontifex. 

Selon René Guénon, les apparats vestimentaires des empereurs de Chine consistaient en une tiare semi-sphérique (3) et en une robe dont le bas formait un carré, l’ensemble symbolisant la fonction pontificale, ou encore califale, littéralement, de ‘pont lancé entre les mondes céleste et terrestre’. Tout comme l’assise de la Kaaba, le site de la cité impériale était un carré, traversé sur chaque côté par trois portes, chacune placée sous un signe zodiacal. Par ailleurs, la cité impériale chinoise incluait une petite mosquée : construite pour l’épouse musulmane d’un empereur de Chine, son existence n’en demeure pas moins à nos yeux hautement symbolique de la relation fraternelle, mieux encore, de l’unicité de l’Islam et du Tao.

Dans l’Islam comme dans le Tao, le chemin du cube vers la sphère passe par la figure intermédiaire, l’octogone. Chiffre dont le carré donne le nombre de combinaisons du Yang et du Yin dans le Yi-King, les huit faces du Pakwa entourent le Taï-Ki tout comme les huit anges se tiennent autour du Trône d’Allah, tout comme les huit côtés de la mosquée de Jérusalem entourent le site de la halte de Mohammed lors de son ascension céleste. 

Ce n’est donc point un hasard si, à l’heure où les poings et les imprécations de la soldatesque la plus haineuse et la plus furieuse de l’Occident se tendent, dans leur rage impuissante, vers l’Octogone qui domine les ruines du Temple de Salomon, la Chine se dresse comme l’ultime salut des peuples face au bulldozer lancé pour écraser nations et cultures. Fort de sa discipline, de sa vitalité, de sa capacité de labeur comme de sa formidable et admirable armée, de son enracinement dans la tradition primordiale comme de sa saine approche de la modernité, le peuple chinois et ses dirigeants regardent avec sang-froid et mépris les misérables tentatives de l’Occident de le déstabiliser à l’intérieur comme de l’encercler. La conquête chinoise de l’espace se réalise à un rythme six fois plus rapide que celle menée par la NASA, encore que celle-ci ne doive ses succès initiaux qu’aux savants européens capturés en 1945. Ayant tiré les leçons nécessaires de la conquête par déstabilisation de l’Irak et de l’Afghanistan par les USA, la Chine a rompu l’encerclement stratégique par l’alliance militaire avec la Russie, l’Iran et le Pakistan. Les armées russes et chinoises se sont, au cours de l’été 2005, livrées à des manœuvres communes dont le sens et l’importance n’ont échappé à aucun observateur, à l’heure où à Washington on mijote l’agression de l’Iran et de la Syrie sous le fallacieux prétexte qu’au nom de l’égalité entre les peuples, il en soit qui aient le droit d’entretenir les arsenaux nucléaires capables de pulvériser la Planète en un monopole indiscuté du terrorisme atomique face au reste de l’humanité qui n’aurait d’autre droit que de se soumettre. Sanctuaire du Monde Libre, la Chine est également en voie de devenir la plus grande puissance islamique mondiale, grâce à sa communauté musulmane parfaitement intégrée, respectée et reconnue par la majorité bouddhiste et taoïste, insensible aux incitations au séparatisme venant de ceux-là même qui sont à l’origine de la vague d’islamophobie occidentale.

A l’heure du bicentenaire d’une des majeures tentatives eurasiatiques, alors conçue sur les bords de la Seine, l’Europe occidentale doit pour son salut se libérer à jamais du mythe de son appartenance à l’Occident prétendu ‘libre et civilisé’. Il est notamment à souhaiter que ses dirigeants politiques cessent de se couvrir de ridicule en prétendant, lors de leurs visites à Beijing, donner des leçons en matière de ‘Droits de l’Homme’ alors qu’en France il est question de ‘traiter au Kärcher’, pourquoi pas au napalm ou au Zyklon B, les populations que l’exclusion socio-ethno-religieuse ont poussées à la révolte, que, sous prétexte d’attentats commis par des membres de sectes faussement dites ‘islamiques’ et créées par les services américano-saoudiens, nos compatriotes sont condamnés à être fichés, filmés, répertoriés et tenus en laisse à longueur de vie, que les grands maîtres en démocratie, enfin, sont en train de légaliser les enlèvements et la torture de leurs opposants à travers le Monde.

Bien plus que le fruit d’impératifs géopolitiques, l’alliance de la Chine et de l’Islam constitue l’achèvement d’un cycle multimillénaire qui fait se réunir, comme le Yin et le Yang dans la sphère matrice des mondes, l’Alpha et l’Oméga de la tradition primordiale. Il appartient aux peuples européens de s’intégrer volontairement et hardiment à cette gigantesque révolution face à laquelle l’Occident a déjà commencé à s’effriter. Ce n’est même plus une affaire de gloire mais seulement de survie. 

Tahir de la Nive

notes :

(1) Le Pakwa est très populaire en Chine où il est souvent placé sur le seuil du foyer, même parfois aux fenêtres, ceci afin d’en repousser les êtres maléfiques invisibles appartenant à la catégorie des Jnoun (pluriel de Jinn) en terminologie coranique. Au centre d’une face on trouve donc le symbole , sur l’autre un miroir. C’est ce dernier qui est tourné vers l’extérieur du foyer, dans sa fonction protectrice.

(2) Légende toutefois reprise dans un hadith, avec le commentaire qu’il faut prendre bien garde de ne point tendre cette côte afin qu’elle ne casse. Quant à nous, nous nous en tenons à la pureté de la doctrine islamique, le Coran étant un livre de science, de pédagogie, aux termes rationnels, poétiques, certes, mais sans concession aux affabulations. 

(3) Sans doute y a-t-il là une relation avec le Japonais atama signifiant ‘tête’, mot dérivé de tama signifiant ‘spère’. Le Nihongo désigne d’autres éléments anatomiques de façon fort pittoresque : Kintama, les ‘sphères d’or’, matrices potentielles de l’Androgyne biologique.


Jean-Luc Pujo : L’éveilleur pyrénéen

septembre 13, 2008

J’ai connu Jean-Luc Pujo, il y a une quinzaine d’années. Nous faisions partie de ces humbles fonctionnaires qui de Cycles Préparatoires en Instituts continuent à se forger un savoir qu’ils pensent être destiné au service de la collectivité.

Jean-luc tranchait sur nous autres, misérables vieux potaches, par son sérieux, sa gravité, son paravent de solitude.

Là où nos camarades d’étude se disposaient déjà à mimer les tics, les gestes et le langage hermétiquement abscons des futurs hauts fonctionnaires qu’ils se rêvaient devenir, Jean-Luc arpentait les salles, les couloirs et les allées de sa démarche régulière, lourde et puissante que Simenon aurait qualifié d’allure d’honnête homme…Seul le clignotement incessant de ses paupières et la mobilité extrême des yeux laissaient deviner un esprit sans cesse en mouvement, un goût de l’observation et de la curiosité aussi scientifique que l’entomologiste Monsieur Fabre. Le bonhomme m’intriguait comme un bol d’air dans la fournaise d’un volcan.

Très vite, sa soif de connaissances, son obstination inébranlable dans l’effort captiva mon attention. Nous étions, en apparence, l’illustration parfaite des contraires : lorsque je risquais « un coup de génie et ça suffit ! », il marmonnait : « se remettre à l’ouvrage jusqu’à l’épuisement. ». Lorsque je noyais mes interlocuteurs sous un flot de provocations politiques provoquant maintes menaces d’exclusion du groupe et de rêves secrets que je finisse au bagne, il était le seul à dire avec son accent inimitable : « Laisse ces pitres, arrête de déconner. Viens on va parler sérieusement. ».

Et depuis, nous nous parlons, nous nous emportons, nous nous engueulons, nous nous insultons et nous nous faisons la gueule.

Bref, nous sommes amis, sans doute est-il pour moi l’un des plus précieux.

Aussi, à la parution de son livre les chemins de terre, je suis resté plusieurs jours, sans l’ouvrir, à regarder l’ouvrage posé sur mon bureau. Certes, il m’avait parlé de ce projet il y a quelques temps et l’idée m’avait enthousiasmé. Mais là, preuve indéniable, il avait osé … Enfin, il avait osé et il savait jusqu’où la devise des Parachutistes «  Qui ose gagne » avait pu me conduire.

L’écriture du visionnaire comme l’engagement militaire peut aller jusqu’au sacrifice. Je craignais pour la vie de mon ami car j’étais certain de trouver au fil des pages le message de l’éveilleur, puisé au plus profond des racines de la terre, ce message dont les médiocres et les jocrisses qui nous gouvernent, refusent l’écoute et réservent à leurs porteurs un sort souvent peu enviable …

Avec précaution, j’ai ouvert la première page puis, sans interruption aucune, j’ai lu jusqu’à la conclusion : « … et je compris soudain le signe heureux des dieux …il était d’espérance …La France -un jour- pareil ! ».

J’ai vu se dérouler le film douloureux et tendre de la patrie charnelle. J’ai pu ressentir combien pour Jean-Luc, le terrien, « la forêt était son poumon », combien il avait besoin des orties et des ronces pour mêler Valmy à JérusalemCharlemagne à De Gaulle, le druide et la fleur de gui à Durandal …

J’ai mesuré l’émotion éprouvée en évoquant « le panthéisme patriotique » d’Hélène, l’institutrice de la boue, du froid et des saisons des contrées austères. J’ai dégusté la mémoire oubliée dans ces quelques lignes : « J’observais ce monde qui me devenait familier avec un intérêt presque anormal : insectes, animaux sauvages… Je guettais cette vie comme le prolongement de la mienne. Je pouvais rester perché sur un arbre -au sommet de la colline- dominant le village, durant des heures. ».

J’ai retrouvé l’héritage Heideggérien : « Les chemins de terre ont de bien singuliers destins. Certains s’égarent vite dans les bois ou les hautes futaies … Le promeneur distrait glissera vers la pente facile, pour s’étonner penaud d’avoir été perdu. ».

Jean-Luc nous rappelle que la nature n’est pas une chose posée seulement vouée à la contemplation. C’est dans la mesure où l’on aime le terre que l’on aime la Terre. Comme Maître Martin il couple « les chemins qui ne mènent nulle part » et « l’acheminement vers la parole » : « accepte de cheminer sur les sentiers passionnants de la pensée humaine ».

Il faut se perdre, s’isoler hors des sentiers battus, se couper des apparences, des mondes factices,des spiritualités enivrantes pour se retrouver penseur en quête d’une réalité toujours dissimulée. Il faut fouiller, fureter, aller voir derrière, redécouvrir le sens sacré du savoir au hasard « d’une carte de géologie ou d’Histoire de la France de Vidal ».

Je m’aperçois en écrivant que je vous parle d’une vertigineuse méditation poétique car si ce grand petit livre est une invitation à la philosophie politique, notamment à l’humanisme, l’ontologie ou l’aliénation, il nous transmet la fraîcheur de Pagnol et la profondeur dHölderlin. C’est la sa force surprenante et, je le crois, la source de sa durée.

Il est des amis qui vous guident et vous inspirent comme il est des livres qui deviennent vos amis. Je fus triste longtemps ne n’avoir connu Jérusalem qu’après la mort du Maître Yeshayaou Leibowitz qui disait : « La valeur ce n’est pas ce qui est atteint mais ce que l’Homme fait pour l’atteindre ». C’est l’effort vers qui compte plus que le but. Suivez, dans l ‘effort les chemins de terre et vous approcherez ne serait-ce qu’un peu la prodigieuse idée métaphysique d’une possible vérité : « Il faut que tout change pour que rien ne change ! ».

Jean-Marc DESANTI